Histoire de la Place des Célestins

Written on 05/09/2025
JeVisiteLyon

Levez les yeux vers la façade majestueuse du théâtre. Derrière ces colonnes néoclassiques sommeillent des siècles de mystères templiers, de prières monastiques et de passions théâtrales. Cette place carrée aux proportions harmonieuses cache sous ses pavés une histoire aussi riche qu’un drame en cinq actes.

Avant 1307 : Les mystérieux Templiers

Avant que les murs du théâtre ne s’élèvent, le site a été le théâtre d’une histoire méconnue. À l’origine, cet emplacement accueillait une commanderie des Templiers, ces moines-soldats au rôle doublement crucial au Moyen Âge.

Leur mission

Ils étaient à la fois les protecteurs des pèlerins en Terre Sainte et de redoutables combattants pendant les Croisades. Mais leur rôle ne s’arrêtait pas là : grâce à des dons massifs, ils devinrent une puissance financière capable de gérer les fortunes des rois et de la noblesse, faisant de leurs commanderies de véritables banques.

Leur chute

Frères templiers sur le bûcher, 1384.

La puissance et la richesse de l’ordre suscitèrent la jalousie du roi de France, Philippe IV le Bel, qui, lourdement endetté, y vit une solution à ses problèmes financiers. Le vendredi 13 octobre 1307, il ordonna l’arrestation de tous les Templiers du royaume, les accusant d’hérésie. L’ordre fut dissous par le pape en 1312, et son dernier grand maître, Jacques de Molay, fut brûlé en 1314, scellant la fin tragique et mystérieuse de cette institution.

25 février 1407 : L’arrivée des Célestins

Détail sur l’église des Célestins

Après la disparition des Templiers, le terrain resta vacant pendant près d’un siècle. En 1407, il fut donné à l’ordre des Célestins, des moines érémitiques suivant la règle de Saint Benoît. Ce don scella le destin du lieu pour les quatre siècles suivants.

Le couvent des Célestins : quatre siècles de vie monastique

Le couvent des Célestins s’est rapidement imposé comme un centre religieux et architectural important. Les moines y construisirent une église, des cloîtres, un réfectoire et une vaste bibliothèque.

Façades des anciens couvents de Lyon

Ces bâtiments de bois, puis de pierre, ont cependant connu de nombreuses épreuves, notamment des incendies ravageurs au XVIe et au XVIIe siècle, ainsi qu’un pillage par les protestants lors des Guerres de Religion. Malgré ces destructions, le couvent était un lieu de prière, de travail et d’étude, au cœur de la ville.

La fin d’une ère : de la suppression à la démolition

La présence des Célestins à Lyon prit fin bien avant la Révolution. En effet, l’ordre fut officiellement supprimé en 1778 par le pape Pie VI, mettant un terme à sa présence à travers l’Europe.

Le sort du couvent de Lyon fut scellé par l’histoire. Après la suppression de l’ordre, ses biens furent d’abord intégrés au clergé diocésain, puis récupérés par le duc de Savoie qui les vendit à des entrepreneurs. C’est sur ces terrains devenus libres que fut édifié en 1792 le premier théâtre, le « Théâtre des Variétés », annonçant la vocation artistique et culturelle de l’actuelle place. La démolition du couvent marque donc la fin d’un chapitre et le début d’un autre pour ce lieu emblématique.

1792 : Naissance d’un temple de l’art dramatique

L’histoire du Théâtre des Célestins est une saga de destruction et de renaissance, qui lui a valu la réputation de « théâtre maudit ». Son récit est intimement lié à l’emplacement de la place, dont il a définitivement marqué l’identité.

Le premier théâtre : une scène pour la Révolution

Premier théâtre des Célestins à Lyon

Après la démolition du couvent des Célestins en 1778, le site est transformé en place publique. Mais la Révolution française ouvre de nouvelles perspectives : en 1792, un premier édifice est construit sur une partie des terrains, le « Théâtre des Variétés ». Loin d’avoir la majesté du bâtiment actuel, c’est une scène modeste qui reflète l’esprit de l’époque.

Une série d’incendies : le théâtre maudit

Le destin du théâtre est bouleversé par une succession de catastrophes. Il est entièrement détruit par un premier incendie dévastateur en 1871.

Ruines du théâtre des Célestins après le premier incendie de 1870

Pour le reconstruire, on fait appel à l’architecte Gaspard André, qui va dessiner un bâtiment monumental dans le style « à l’italienne ».

Mais le sort s’acharne : trois ans seulement après son inauguration, le théâtre est de nouveau la proie des flammes en 1880.

Nouveau théâtre des Célestins en ruine après l’incendie de 1880

La destruction est totale, ne laissant que les murs.

La renaissance : le théâtre que l’on connaît aujourd’hui

Déterminé, Gaspard André s’attelle à la reconstruction. En 1881, il livre à la ville de Lyon un bâtiment identique à la version précédente. C’est le théâtre que l’on admire encore aujourd’hui.

Le Théâtre des Célestins est l’un des rares théâtres en France à avoir conservé l’intégralité de son décor, témoin du goût du XIXe siècle pour les ornements et les dorures. Des travaux de rénovation récents ont permis de le moderniser tout en préservant son âme historique, garantissant sa place parmi les plus belles scènes de France.

La place prend forme : XIXe siècle

Un écrin architectural pour le théâtre

Cette place est une des plus agréables de la Presqu’île avec sa forme carrée, ses proportions harmonieuses et élégantes, entourée de Magnolias. Cette harmonie n’est pas le fruit du hasard : Elle existe sous sa forme actuelle depuis le début du XIXe siècle.

1858 : La fontaine de Michel Liénard

Fontaine monumentale de la place des Célestins

Au centre de la place trône une fontaine dessinée par Michel Liénard, sculptée par Moreau et fondue par Barbezat, puis installée en 1858 par la Compagnie des Eaux (en 1957, la place est réaménagée pour les besoins de la ville : la fontaine est détruite pour faire place à des stationnements).

XXe-XXIe siècles : Renaissance et innovation

2002-2005 : La grande rénovation

Une rénovation majeure a été réalisée dans les années 2002 à 2005. Le théâtre retrouve son lustre d’antan tout en s’adaptant aux exigences contemporaines.

1994 : Le périscope souterrain, une curiosité unique

Périscope du parking des Célestins

La place cache une surprise moderne étonnante ! La place est un plancher percé d’un périscope pour admirer la rotation du parking. On peut y descendre directement en entrant contempler le point de vue, il s’agit d’un cylindre percé de nombreuses fenêtres au fond duquel un miroir tourne et reflète l’ensemble, il date de 1994.

Cette installation artistique transforme même le parking souterrain en spectacle !

Que voir aujourd’hui sur la place des Célestins ?

Le théâtre : joyau architectural

À observer absolument :

  • La façade néoclassique de Gaspard André
  • Les colonnes qui marquent l’entrée principale
  • La scène située exactement à l’emplacement de l’ancien chœur de l’église
  • Le théâtre, unique en France, possède l’une des plus belles salles à l’italienne

L’aménagement urbain

Promenez-vous et observez :

  • La forme carrée parfaite de la place
  • Les magnolias qui l’entourent, créant un cadre naturel élégant
  • Les proportions harmonieuses entre les bâtiments et l’espace central
  • L’entrée du périscope souterrain (si vous êtes curieux !)

Les rues adjacentes

La place s’ouvre sur la rue Charles-Dullin et la rue Gaspard-André – cette dernière rendant hommage à l’architecte du lieu !

L’héritage vivant

Aujourd’hui, Les Célestins, Théâtre de Lyon accueille et produit de grandes œuvres classiques et des créations contemporaines. La tradition théâtrale née en 1792 se perpétue avec plus de deux siècles d’art dramatique au compteur.

Le saviez-vous ? La continuité est saisissante : des prières des moines célestins aux applaudissements du public contemporain, ce lieu n’a cessé d’être un espace de communion collective, seule la nature de l’émotion partagée a évolué.

Ainsi, en traversant la place des Célestins, vous marchez sur six siècles d’histoire : des mystères templiers aux créations théâtrales d’aujourd’hui, en passant par la spiritualité monastique et les innovations architecturales. Chaque pierre raconte un chapitre de cette fascinante épopée lyonnaise où se mêlent foi, art et architecture.