la Place des Jacobins est l’une des places les plus anciennes et les plus élégantes de Lyon. Son histoire est un véritable voyage à travers les époques, profondément liée à la présence des moines dominicains, appelés les Jacobins.
Une histoire religieuse et urbaine
Les moines dominicains sont arrivés à Lyon en 1218, et ils ont rapidement fondé leur couvent à l’emplacement actuel de la place. Ce choix n’était pas un hasard : les grandes villes commerciales comme Lyon étaient des lieux de prédication idéaux pour les moines.
Le couvent est devenu un centre religieux et intellectuel majeur, non seulement pour les moines mais aussi pour les habitants de la ville. C’est ici que se trouvait une église à trois nefs et une petite chapelle, Notre-Dame de Confort, qui a donné son premier nom à la place : la Place du Confort.
Des familles de marchands florentins ont même financé des travaux d’agrandissement de l’église, la transformant en un sanctuaire de grande dévotion.
La place a également été, pendant des siècles, un grand cimetière, ce qui était une source de revenus pour les moines.
Au fil du temps, des familles et des confréries ont acheté des sépultures dans l’église elle-même.
Un lieu de pouvoir et de savoir
Au-delà de son rôle spirituel, le couvent des Jacobins a été le théâtre d’événements politiques et intellectuels majeurs pour la France :
L’élection d’un pape : En 1316, le couvent a accueilli un conclave qui a conduit à l’élection de Jacques Duèze, qui est devenu le pape Jean XXII. Les cardinaux, enfermés par le frère du roi de France, ont mis quarante jours à se décider !
Le rattachement du Dauphiné : En 1349, le couvent fut le lieu solennel où le dauphin Humbert II céda sa province, le Dauphiné, au royaume de France.
Un centre d’étude : Pendant des siècles, le couvent a abrité une bibliothèque et une école de théologie réputée. C’est ici que les chanoines de la cathédrale de Saint-Jean venaient recevoir leur enseignement.
La Révolution et la renaissance urbaine
À la Révolution française, l’ordre des Jacobins a été dissout. Leurs bâtiments, y compris le couvent et l’église, ont été démolis au début du XIXe siècle. C’est à la place de l’église qu’a été construite la première préfecture du Rhône.
Finalement, dans le cadre des grands projets d’urbanisme du Second Empire, la place est totalement remaniée. C’est à cette époque que les immeubles que vous voyez aujourd’hui sont construits et que la place prend sa forme semi-circulaire actuelle.
Au fil des siècles, la place a vu donc son nom changer au gré de l’histoire tumultueuse de la France : elle fut tour à tour la « Place de la Fraternité » pendant la Révolution, puis la « Place de la Préfecture » et même la « Place de l’Impératrice » sous le Second Empire. C’est en 1871 qu’elle retrouve définitivement son nom originel, en mémoire de son passé monastique.
La fontaine des artistes : un hommage au patrimoine lyonnais
Au centre de la place trône une œuvre majeure de la fin du XIXe siècle : la Fontaine des Jacobins. Inaugurée en 1885, elle est l’œuvre de l’architecte Gaspard André, qui a également conçu le Théâtre des Célestins, et du sculpteur Étienne-François-Jacques-Antoine Perret.
Cette fontaine en marbre blanc est un hommage vibrant aux artistes qui ont marqué l’histoire de Lyon. Ses statues représentent quatre figures majeures de la création :
Philibert de l’Orme (architecte du XVIe siècle)
Guillaume Coustou (sculpteur du XVIIe siècle)
Gérard Audran (graveur du XVIIe siècle)
Hippolyte Flandrin (peintre du XIXe siècle)
Entièrement rénovée, la Place des Jacobins est aujourd’hui un espace élégant et piéton qui met en valeur son patrimoine. C’est un lieu où l’histoire, l’art et la vie urbaine se rencontrent harmonieusement.
Les joyaux architecturaux de la place
Autour de la fontaine, de nombreux immeubles du XIXe siècle façonnent l’identité visuelle de la place. Ils sont des exemples parfaits du style haussmannien et de l’éclectisme architectural de l’époque.
L’immeuble à rotonde de Jules Chatron
Au n°2 rue Childebert au sud-est de la place se dresse un bâtiment remarquable, l’Hôtel Royal. Conçu par l’architecte Jules Chatron en 1888, cet immeuble se distingue par sa rotonde d’angle et son élégante coupole, qui lui confèrent une allure singulière.
L’immeuble aux influences byzantines de Pierre Bossan dit maison Borel
Au 4, place des Jacobins, un autre bâtiment attire l’attention des connaisseurs. Commandé par le peintre Paul Borel, il a été dessiné par le célèbre architecte Pierre Bossan, à qui l’on doit également la Basilique de Fourvière. Son style est un mélange audacieux d’influences, notamment romano-byzantines, qui se manifestent dans ses motifs foisonnants et ses ornements inspirés de l’Orient, une signature de l’architecte.
En résumé
La Place des Jacobins est bien plus qu’une simple place. C’est un résumé de l’histoire de Lyon, où chaque pierre, chaque nom et chaque monument raconte une histoire.
De ses origines religieuses avec les Jacobins et la chapelle Notre-Dame de Confort, à son rôle de siège de pouvoir où papes et rois ont écrit une page de l’histoire de France, la place a toujours été un carrefour d’événements majeurs.
Après avoir été détruite, elle a su renaître de ses cendres, comme un phénix, pour devenir le lieu élégant que nous connaissons aujourd’hui. Sa fontaine monumentale est un hommage durable aux artistes qui ont fait la renommée de Lyon, tandis que son aménagement moderne en fait un lieu de vie incontournable.
La Place des Jacobins est la preuve que l’histoire n’est pas figée dans les livres, mais qu’elle continue de vivre au cœur de la ville, à travers ses rues, ses bâtiments et ses places.
Entièrement rénovée, la Place des Jacobins est aujourd’hui un espace élégant et piéton qui met en valeur son patrimoine. C’est un lieu où l’histoire, l’art et la vie urbaine se rencontrent harmonieusement.