Histoire de la Place Bellecour, de l’Antiquité à nos jours

Written on 29/08/2025
JeVisiteLyon

La Place Bellecour, vaste esplanade située au cœur de Lyon, est aujourd’hui l’une des places les plus célèbres de France et un point de repère incontournable pour les Lyonnais comme pour les visiteurs. Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, elle constitue non seulement un lieu de rencontre et de passage, mais aussi un véritable témoin de l’histoire urbaine et politique de la ville. Des entrepôts gallo-romains de l’Antiquité aux manifestations contemporaines, en passant par les heures sombres de la Révolution et la grandeur monarchique, Bellecour a toujours reflété les évolutions de Lyon et de la société française.

I. Les origines antiques : un espace commercial et militaire

Dessin de Jean-Baptiste Lallemand, 1776 (Coll. musées Gadagne)

Dès le Ier siècle, la zone qui deviendra la Place Bellecour faisait partie d’un faubourg actif de Lugdunum. Située entre le Rhône et la Saône, cette presqu’île accueillait des canabae, petits entrepôts liés au commerce fluvial. Les fouilles archéologiques ont révélé des mosaïques, des amphores et des traces d’habitations, confirmant l’importance économique de cet espace. À cette époque, le site n’était pas encore une place publique, mais un quartier en expansion, tourné vers le commerce et l’artisanat.

II. Du Moyen Âge à la Renaissance : du « beau jardin » au terrain militaire

Au XIIᵉ siècle, le lieu devient propriété de l’archevêque de Lyon, qui y fait planter une vigne appelée bella curtis (« beau jardin »), à l’origine du futur nom Bellecour.

Plan scénographique de Lyon, Bellecour

Mais progressivement, le terrain est abandonné et se transforme en marécage. En 1562, lors des guerres de Religion, le baron des Adrets y installe son camp militaire, rebaptisant le lieu pré de Belle-court.

Le Sac de Lyon par le Baron des Adrets

Déjà, la fonction stratégique et symbolique du site se dessine.

III. XVIIᵉ–XVIIIᵉ siècles : l’essor royal et la naissance de la place monumentale

Sous Henri IV puis Louis XIV, l’espace devient un enjeu politique. En 1604, la ville de Lyon obtient le terrain pour y créer une grande place publique. Louis XIV confirme cette affectation en 1658, protégeant Bellecour de toute privatisation.

En 1715, l’espace est transformé en une véritable place royale. L’architecte Robert de Cotte dessine de majestueuses façades homogènes, et une statue équestre de Louis XIV, œuvre de Martin Desjardins, est installée au centre. Bellecour devient un lieu de prestige, symbole du pouvoir monarchique, à la manière des grandes places royales de Paris ou Bordeaux.

IV. Révolution et Empire : entre liberté et instabilité

La Révolution bouleverse la fonction du lieu. La statue royale est détruite en 1793, fondue pour fabriquer des canons. La place devient Place de l’Égalité et accueille une guillotine. On y érige également un autel de la Liberté.

Affiche – 13 août 1815, 6FI/6284

Avec l’Empire, la place change encore de nom : Place Bonaparte, puis Place Napoléon. Elle devient un espace de rassemblement populaire et politique, où se mêlent ferveur révolutionnaire et propagande impériale.

V. XIXᵉ siècle : renaissance et modernisation

En 1825, une nouvelle statue de Louis XIV, réalisée par François-Frédéric Lemot, est inaugurée. Ce transport monumental, nécessitant vingt-quatre chevaux et douze jours de voyage, marque les esprits.


La place s’anime de marchés, de kiosques et de pavillons, dont certains existent encore aujourd’hui (Office du tourisme, cafés). Bellecour devient un lieu de promenade apprécié des Lyonnais, au centre d’un quartier en plein essor bourgeois.

VI. XXᵉ siècle : destructions, modernité et patrimonialisation

En 1934, la démolition de l’hôpital de la Charité donne naissance à la place Antonin-Poncet, voisine de Bellecour.

Hôpital de la Charité vers 1909.
Destruction hôpital charité Lyon
Construction de la place Antonin Poncet – début des années 1980

Durant la Seconde Guerre mondiale, Bellecour est le théâtre de rassemblements et de manifestations. En 1941, ses façades sont protégées au titre des monuments historiques.

Canon antichar place Bellecour pendant le seconde guerre mondiale

Avec la modernisation de la ville, Bellecour accueille un parking souterrain (1963) puis une station de métro (1978).

Chantier de construction du métro de la place Bellecour

Ces aménagements facilitent son rôle de carrefour urbain.

VII. XXIᵉ siècle : un lieu vivant et symbolique

Aujourd’hui, la Place Bellecour est l’un des cœurs battants de Lyon. Ses réaménagements récents ont visé à la rendre plus accueillante : sols refaits, aires de jeux, kiosques modernisés. Elle accueille de grands événements comme la Fête des Lumières, des marchés, des concerts et des manifestations citoyennes.Inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, elle incarne un équilibre entre héritage historique et vie contemporaine. Les projets actuels cherchent à réinventer son usage, tout en préservant son rôle d’icône lyonnaise.

Le 3 décembre 1998, l’UNESCO vient d’inscrire 30 nouveaux sites au patrimoine mondial, dont les Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle et le quartier historique de Lyon.

Conclusion

De l’Antiquité à nos jours, la Place Bellecour a connu toutes les métamorphoses : champ de commerce gallo-romain, vigne médiévale, camp militaire, place royale, espace révolutionnaire, lieu de promenade bourgeoise et, aujourd’hui, vitrine internationale de Lyon. Elle demeure le miroir de l’histoire de la ville, où chaque époque a laissé son empreinte. Carrefour géographique et symbolique, Bellecour n’est pas seulement une place : elle est la mémoire vivante de Lyon, une scène où se joue depuis deux mille ans l’histoire collective de ses habitants.